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Fiche technique
Auteur : Eyal Sivan
Chef opérateur : Rony Katzenelson
Ingénieur du son : Amir Buverman
Monteurs : Eyal Sivan & Charlotte Tourres
Producteur : Ruben Korenfeld
Presse (extraits)
« Ce film sauvegarde un art oratoire fait d’imprécations, de brisures, de silence et de répetition propre aux prophètes subtils et grandiloquants que compta toujours le peuple juif (...) La dimension cathodique n’est jamais perdue, Leibovitz est mis nez à nez, par le truchement du magnétoscope, avec de précedants enregistrements. Ce dispositif tente de bousculer un système de pensée tout en le pistant dans ses entrelacs. Pas dupe mais fasciné, ce document horripile et ravit. » — Télérama
« Original parce que le réalisateur a su se tenir, malgré la forte personnalité de son interlocuteur, dans une loyale distance qui ne dessaisit pas le spectateur de sa liberté de perception. Devant la caméra d'Eyal Sivan, Leibowitz joue plusieurs rôles : le philosophe scientifique livre le fruit argumenté de ses réflexions et de ses connaissances, le citoyen s'exalte contre l'ordre établi, l'interviewé retourne les questions à l'intervieweur et les commente. Le tout se regarde et s'écoute avec délice. » — Différences
« Qu’on se réclame de la pensée de Leibowitz ou qu’on lui voue une haine farouche, ce film instruit et secoue. Des qualités rares par les temps qui courent. » — Journal des lettres et de l'audiovisuel
Autour du film
Yeshayahu Leibovitz naît à Riga, Lettonie, en 1903. Il grandit dans une riche famille juive, orthodoxe et sioniste. Éduqué dès son tout jeune âge par des précepteurs, il parle couramment l’hébreu, le yiddish, l’allemand, le russe et le français. Une enfance comme on n’en imagine plus, baignée d’une culture ouverte, profonde et raffinée.
En 1919 - il a alors 16 ans -, une guerre civile oppose les Russes Rouges et les Blancs. Il émigre alors, comme nombre de ses contemporains, vers la toute jeune République de Weimar qui brille de tous les feux de son bouillonnement intellectuel et artistique.
Il s’inscrit à l’université de Berlin où il étudie la biochimie et la médecine. Pas moins de cinq de ses professeurs sont des prix Nobel. Il y rencontre aussi sa future femme, Greta, étudiante en mathématiques.
En 1928, il réalise son rêve : partir en Palestine. Mais il n’y fait qu’un bref séjour et retourne étudier la médecine à Berlin, études qu’il part achever en Suisse, lorsque les nazis arrivent au pouvoir. Jamais, précise-t-il, il n’a subi de discriminations antisémites, ni à l’université, ni dans la rue.
C’est en 1934 qu’il s’installe définitivement avec sa femme Greta en Palestine. Immédiatement, il enseigne la médecine neurophysiologique et dirige la section de biochimie à la prestigieuse Université hébraïque de Jérusalem.
En 1948, il prend le fusil pour participer à la création de l’État d’Israël, qui sera pour lui “le cadre de l’indépendance nationale du peuple juif”. Déjà, il exige la séparation entre religion et État, pour préserver les valeurs religieuses de la mainmise du politique. Homme profondément religieux, il soutient les laïques ulcérés par l’orthodoxie religieuse.
Dès le lendemain de la guerre de 1967, il accuse : l’occupation des territoires n’est pas autre chose que la mise en place d’un système d’oppression d’un peuple sur un autre peuple. Le peuple d’Israël serait-il sur la pente dangereuse qui les mèneraient à être des “judéo-nazis” ?
Imprécateur sombre et pessimiste, il n’appartient à aucun courant politique : “Le progrès moral de l’homme n’existe pas et l’Histoire n’est que le récit des crimes, folies et catastrophes de la race humaine”. Et, ajoute-t-il, “si ce monde terrible vous insupporte, suicidez-vous...”
Parce que la vie n’a de sens que dans l’action individuelle : “Le plus noble dans l’Histoire est le combat de l’homme contre ces crimes, folies et catastrophes. Un combat constant, éternel et sans victoire.”
Dans les années 70, on lui propose une chaire de philosophie à l’Université Hébraïque.
On vient l’écouter, on demande à le voir : “Des centaines de gens, de tous bords, viennent me voir, m’écrivent ou m’appellent. Je réalise jusqu’à quel point je suis devenu “la bouche” de ces muets qui ne savent pas, qui n’arrivent pas ou qui n’osent pas interpréter leurs pensées et leurs sentiments. Ils sont très contents que ce soit moi qui les aide à définir ces pensées et sentiments. Cela je le sais mais je ne pense pas que quiconque ait changé ses opinions pour cela.”
Yeshayahu Leibovitz reçoit chez lui, dans son modeste appartement de Jérusalem, à toutes heures du jour ou de la nuit, qui souhaite le voir : un soldat désorienté, en proie à des problèmes de conscience, un religieux qui doute, un homme aux prises avec la drogue... Il reçoit aussi bien des intellectuels de tous horizons et de toutes nationalités.
Sa parole est claire. C’est un orateur puissant.
Il ne cesse de donner des séminaires, des conférences, de participer à des débats. Il ne cesse de dénoncer. La colère est sa force.
Au moment de la guerre du Liban, en 1982, au cours d’une conférence et seul en scène, il dit : “Je demande à toute personne honnête de se lever et de déclarer haut et fort avec moi qu’il est un traître. Qu’il trahit les valeurs aujourd’hui sacrées de ce pays. J’appelle au soulèvement, à la révolte.”
Yeshayahu Leibovitz n’est jamais seul. Sa femme, Greta veille dans l’ombre. Elle l’accompagne en tous ses déplacements, elle connaît le moindre de ses discours, elle corrige ses erreurs.
“La chose la plus importante dans la vie d’un homme, c’est sa femme” dit-il.
En 1993, on le propose au Prix Israël, distinction éminente, ce qui soulève un tollé général. Yeshayahu Leibovitz refuse le prix.
Il meurt en août 1994.
Pendant 15 ans, le prof. Leibovitz a dirigé la rédaction et le développement de l’Encyclopédie Hébraïque dont il signa plusieurs articles.En dehors de ses nombreux travaux scientifique, il publia divers recueils d’articles, de discussions, de réflexions et d’interventions publiques. Parmi ses ouvrages : • Foi, histoire et valeurs • La foi de Maïmonide • Conversations sur la science et les valeurs • L’évolution et la génétique • Corps et âmes; le problème psychophysique • Judaïsme, peuple juif et État d’Israël, qui est le seul ouvrage traduit en français (éditions J.C. Lattès, 1985)





