Entretien — Écrit

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L'Altra Stella Di David

2007 — presse italienne — Italien

Portrait du cinéaste dans son bureau parisien, à l'occasion de son déménagement à Londres.

Les journalistes retrouvent Eyal Sivan un matin d'automne dans les locaux presque vides de sa société Momento Films, près du Père-Lachaise à Paris : cartons de déménagement, cigarettes roulées, café. Après près de vingt ans en France, où il était arrivé d'Israël à la fin des années 1980, il s'apprête à partir enseigner à Londres et à achever une thèse sur la représentation de la victime au cinéma. Le départ de la France, dit-il, lui coûte : c'est le pays du rêve de jeunesse qui l'a aussi, quelques années plus tôt, violemment attaqué à l'occasion de la sortie de Route 181, avec pétitions et campagnes de dénigrement menées entre autres par Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy et Claude Lanzmann.

L'essentiel de l'entretien retrace son histoire familiale : des grands-parents juifs d'Europe de l'Est (Pologne, Galicie orientale, Transylvanie) émigrés en Uruguay, des parents sionistes de gauche installés en Israël en 1963 — Haïfa, puis Jérusalem après 1968. Sivan insiste sur le paradoxe qui a façonné son éducation : ses parents ne voulaient pas que leurs enfants soient « juifs », mais « israéliens ». Comme il l'explique, « le sionisme a inventé un peuple, qu'il a appelé peuple juif, contre le judaïsme » — une entreprise qui, selon lui, méprisait la culture juive de la diaspora et la figure du juif « oriental » au profit d'une identité nationale nouvelle.

Il revient aussi sur son engagement précoce : membre puis dissident de Peace Now dès l'adolescence à Jérusalem, arrêté à quatorze ans pour avoir affiché des banderoles près du domicile de Menahem Begin, il fonde ensuite un mouvement lycéen contre l'intégrisme religieux. Il se distingue nettement du sionisme de gauche dans lequel il a grandi, se définissant comme antinationaliste tout en reconnaissant l'existence d'une réalité nationale israélienne construite par le sionisme. Il critique également l'instrumentalisation de la laïcité — comparant, par exemple, les débats européens sur le voile ou le burqa à une forme d'hypocrisie occidentale similaire à celle qu'il dénonce en Israël.

Source : « L'altra stella di David », entretien avec Eyal Sivan par Cristina Piccino et Luca Mosso, presse italienne, 10 novembre 2007 (résumé traduit de l'italien). Texte également publié dans Eyal Sivan. Il cinema di un'altra Israele, Agenzia X, 2007.

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