Entretien — Vidéo

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Documentary moments

2010 — Berlin Documentary Forum 1 — Anglais

Renaissance — série de rencontres et de projections, hommage aux documentaristes de l'après-guerre qui ont contribué à la renaissance du genre. Berlin Documentary Forum 1, New Practices Across Disciplines (HKW).

Documentary Moments explore la pratique du cinéma documentaire à travers des projections et des rencontres avec des cinéastes qui ont marqué des moments particuliers de son histoire. Le premier chapitre de Documentary Moments rend hommage aux artistes qui ont contribué à la renaissance du cinéma documentaire dans l'après-guerre.

1946, année des procès de Nuremberg en Allemagne, est désignée comme le moment de la réinvention du documentaire en tant que pratique arrachée au pouvoir et réappropriée par ses praticiens. Enfants de la Seconde Guerre mondiale, ces cinéastes ont remis en question non seulement les mécanismes du pouvoir, mais aussi la capacité du documentaire à produire de la vérité.

Les vingt années qui suivirent la Seconde Guerre mondiale virent naître d'importants débats esthético-politiques sur le cinéma et l'essor de mouvements influents comme la Nouvelle Vague et le néoréalisme. Confrontés à la décolonisation (guerres d'Algérie, d'Indochine, d'Asie), à la Guerre froide et à l'avènement de la télévision, les cinéastes ont inventé de nouvelles modalités de production et de diffusion, assurant ainsi la renaissance du cinéma documentaire.

Cette première édition de Documentary Moments tente une écriture possible d'une histoire mondiale post-génocide européen, avec Alain Resnais (né en 1921), Edgar Morin (né en 1921), Marcel Ophuls (né en 1928) et Frederick Wiseman (né en 1930).

Take 1 : Vers Nuit et brouillard, 1955 : Alain Resnais. Ce film est un jalon à la fois dans la pratique documentaire et dans la narration du génocide. Représentation visuellement iconique de la Shoah, il illustre de façon exemplaire l'usage des images pour établir une autorité indépendante. Plusieurs courts métrages documentaires produits dans les années 1940 et 1950 seront projetés, accompagnés des commentaires des historiens de la culture Adrian Rifkin, Marie-José Mondzain et du cinéaste Eyal Sivan : Van Gogh (Alain Resnais, 1947, 18 min, France), Guernica (Alain Resnais, 1950, 12 min, France), Les statues meurent aussi (Alain Resnais, 1953, 29 min, France), Nuit et brouillard (Alain Resnais, 1955, 30 min, France).

Take 2 : Mémoire du futur : Chronique d'un été, 1961, revisité avec Edgar Morin. Chronique d'un été, réalisé par l'anthropologue Jean Rouch et le sociologue Edgar Morin, construit la vérité à travers des situations construites, presque fictionnelles. Le film a suscité un débat passionné sur les rapports entre cinéma, réalité et vérité. En avril 2007, les artistes Ayreen Anastas, François Bucher et Rene Gabri ont exhumé un entretien avec Edgar Morin, dans lequel celui-ci évoquait l'existence de rushes originaux conservés. Avec l'aide de Françoise Foucault, ancienne collaboratrice de Rouch, ils sont parvenus à retrouver la quasi-totalité de ce qui n'avait pas été retenu au montage final. Des extraits des rushes originaux 16 mm de Chronique d'un été seront projetés à la suite du film (Jean Rouch et Edgar Morin, 1961, 85 min, France).

Take 3 : Histoire du temps présent : « Direct », « Vérité » et autres mythes : Frederick Wiseman. Producteur et cinéaste indépendant, Frederick Wiseman s'attache invariablement à produire un cinéma direct, notion qu'il récuse pourtant lui-même. Depuis le milieu des années 1960, il scrute la vie et les institutions américaines, en révélant les mécanismes de l'administration et de la hiérarchie. Repère dans l'histoire du documentaire social, à la fois école et genre, le cinéma sans cesse requalifié de Wiseman est incontournable dans tout débat sur la capacité de l'image documentaire à produire de la vérité. Une conversation entre Frederick Wiseman et l'historienne du cinéma Stella Bruzzi sera suivie de la projection du film Primate (Frederick Wiseman, 1974, 105 min, États-Unis), qui présente une étude scientifique du développement physique et mental des primates menée au Yerkes Primate Research Center.

Take 4 : Temps de guerre / Crime de guerre : raconté par Marcel Ophuls. Le cinéaste Marcel Ophuls utilise l'entretien documentaire et le montage pour revisiter et réécrire le récit historique, subvertissant l'hégémonie de l'autorité et de son image de propagande. Son œuvre, monumentale par son ampleur comme par sa durée, constitue un jalon de l'essai historique critique. Une conversation entre Marcel Ophuls et Eyal Sivan sera suivie de la projection du film The Memory of Justice (Marcel Ophuls, 1976, 278 min, France, Allemagne, Royaume-Uni, États-Unis). Le film prend pour point de départ l'ouvrage de Telford Taylor, Nuremberg and Vietnam: An American Tragedy, pour explorer les atrocités de guerre et la responsabilité individuelle face à la responsabilité collective.

Conceived by filmmaker Eyal Sivan, the long-term project “Documentary Moments” elaborates documentary film practice through screenings and encounters with filmmakers who shaped particular moments of the practice’s history. In an interview conducted by Alan Toner for Berlin Documentary Forum, Eyal Sivan discusses the background of “Documentary Moments” and the questions that evolve from revisiting films and filmmakers who have shaped the concept of the documentary so strongly.

Source :

Documentary Moments — Interview Eyal SivanBerlin Documentary Forum 1, HKW, Berlin — 2010 (41:39)
Documentary Moments — Take 1: Towards "Night and Fog", Alain ResnaisBerlin Documentary Forum 1, HKW, Berlin — 2010 (1:34:51)
Documentary Moments — Take 2: Memory of the Future, Edgar MorinBerlin Documentary Forum 1, HKW, Berlin — 2010 (1:14:06)
Documentary Moments — Take 3: "Direct", "Truth" and Other Myths, Frederick WisemanBerlin Documentary Forum 1, HKW, Berlin — 2010 (13:32)
Documentary Moments — Take 4: War Time / War Crime, Marcel OphulsBerlin Documentary Forum 1, HKW, Berlin — 2010 (21:25)