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L'essentiel dans la vie d'un homme, c'est sa femme ! (Actualité Juive)

15.07.1993

Le cinéaste Eyal Sivan avait déjà réalisé "Izkor" film controversé et passionnant sur le système éducatif israélien. Aujourd'hui, il nous propose deux cassettes vidéos sur le fameux professeur Leibowitz. Le document est un sondage d'interviews, de débats houleux à la Knesset _où le philosophe se fait qualifier de "figure tordue du juif galouthique"_ de meetings et manifestations de la gauche israélienne. On y voit le professeur âgé de 92 ans gesticuler, haranguer la foule, et lui jeter en pâture ses provocations inacceptables : "Depuis la guerre des Six Jours, l'Etat d'Israël n'est plus une démocratie, c'est une puissance coloniale ! Les 160 soldats qui sont aujourd'hui en prison pour avoir refusé de servir dans les Territoires sont des héros ! J'incite à la révolte : Il y a chez nous des judéo-nazis, qui, tout comme Eichmann, obéissent aveuglément aux ordres !" etc.
Dommage que de tels excès ternissent des analyses souvent intéressantes. (Rappelons toutefois que le professeur se définit comme totalement sioniste : établi en Israël depuis 1934, il a pris part à la guerre d'Indépendance). En réalité, Leibowitz affronte un peu tout le monde : il discute âprement, lors d'un débat télévisé, avec Hanan Porath, leader du Gouch Emounim, mais s'oppose tout autant à Yirmiahou Yovel, philosophe de la gauche laïque.
Car Leibowitz est un juif pratiquant, proche d'une certaine orthodoxie. Là encore, il fait preuve de non-conformisme : selon lui, le judaïsme devrait être, comme au temps des prophètes, une force indépendante, un contre-pouvoir critique face aux chefs politiques. En réponse à Ben Gourion qui lui disait : "Je veux que l'Etat tienne la religion dans sa poigne", Leibowitz répliqua : "... et moi, que le judaïsme se libère de votre pouvoir !". Le vieux professeur réclame donc à grands cris la séparation de la religion et de l'Etat. Ce judaïsme officiel au service du pouvoir, il l'avait traité dans un de ses ouvrages de "prostituée"... Signalons enfin quelques savoureux aphorismes : "Les intellectuels ne sont pas des gens qui pensent, mais qui font profession de penser... Il y en a beaucoup pour qui c'est simplement une parnassah !". Et encore "L'essentiel dans la vie d'un homme, c'est sa femme. C'est plus important que tout le reste". Le titre du film est très beau : "Itgaber" que l'homme triomphe. C'est le premier mot du Choulh'an Arouh, que Leibowitz commente ainsi : "Que l'homme triomphe de quoi ? de lui-même ! Telle est la condition de la liberté".